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Empreintes, extrait 2 : « Mémoire »

23/05/2018

Jusqu’au 20 juillet, une centaine de pièces uniques issues principalement du Fonds patrimonial des Bibliothèques de l’ULiège est exposée à la Cité Miroir. Chaque semaine, nous vous présentons quelques œuvres issues de l’exposition sur DONum, notre portail dédié à la diffusion du patrimoine de l’ULiège, qui compte actuellement déjà plus de 3 000 documents numérisés.

L’Exposition Empreintes met en valeur des manuscrits médiévaux, des incunables, des imprimés, des journaux et des cartes issus principalement des collections des Bibliothèques de l’ULiège, dont certaines pièces n’ont jamais quitté les réserves !

Les œuvres sont réparties en 8 sections :

  1. Transmission
  2. Mémoire
  3. Art
  4. Croyances
  5. Pouvoir
  6. Contestation
  7. Sciences
  8. Monde

Aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir une œuvre issue de la section MÉMOIRE : les Commentaires de la guerre des Gaules de Jules César

Mémoire : écrire pour atteindre les générations futures

Un auteur mettant par écrit ce qu’il considère comme des événements marquants l’effectue comme relais-témoin de son présent, pour atteindre les générations suivantes, façonnant leur vision du passé.

Dès l’Antiquité, les grands hommes (ou vus comme tels) couchent leur parcours sur papier, lu ensuite comme source d’inspiration (politique, militaire, culturelle). Les Commentaires de la guerre des Gaules de Jules César sont encore lus plusieurs siècles plus tard. Bien sûr, ce travail peut être confié à des rédacteurs professionnels, souvent parmi leurs proches. La Vita Caroli d’Eginhard en est l’exemple emblématique, au Moyen Âge.

Les écrits à vocation mémorielle sont plus larges que ces (auto-)biographies. Longtemps, les écrits historiques ont été rédigés avec un objectif spécifique, jugeant les acteurs du passé, les posant en modèle ou les dénonçant. Nécessairement, ces écrits comportent une sélection particulière de faits, une forme de mise en scène. Les œuvres antiques d’Hérodote, Thucydide ou Tacite, puis les chroniques médiévales ou modernes devaient rappeler les hauts faits de leur cité ou souverain, dénonçant les ennemis du moment.

La chronique peut être universelle, depuis la Création, comme le Liber Cronicarum de Schedel ou le Fasciculus temporum de Rolevinck. Les Gesta pontificum Leodicensis eccleasiae décrivent la lignée des évêques de Liège, tandis que Louis Abry cible les hommes remarquables de Liège.

Les études du passé sont depuis lors devenues des disciplines à vocation scientifique. Elles revisitent les récits de leurs prédécesseurs, pour les évaluer, les remettre dans leur contexte de production et ainsi séparer les faits de leur mise en scène, si possible. Critiques, elles comparent les sources. Dans cette perspective, les recherches ont été étendues au-delà du texte seul : les vestiges matériels deviennent des sources au même titre que l’écrit. Les carnets de Gustave Ruhl et les notes de Paul Lohest en sont des exemples.

Avec l’émergence puis l’omniprésence des médias audiovisuels dans la seconde moitié du XXe siècle, l’image acquiert une place privilégiée. Répétée consécutivement ou simultanément, elle devient emblème d’un événement, d’une époque, d’un lieu, malgré son caractère éphémère premier. Des photographies de presse parues dans les magazines d’actualité comme Life ou Paris Match sont devenues célèbres dans le monde entier.

Retrouvez ce texte en version intégrale dans le catalogue de l'exposition !

 

 

Extrait : Jules César, Les commentaires de Julius cesar

Paris, Antoine Vérard, s.d. [entre 1499 et 1503], 8° (Liège, Bibliothèques ULiège, XV.B234).

Ouvert au fol. 22 (détail), début du deuxième livre des Commentaires.

Les Commentaires de la guerre des Gaules constituent un ensemble de huit livres dont les sept premiers auraient été rédigés par Jules César lui-même au fur et à mesure du conflit (entre 58 et 52 av. J.-C.). Ils devaient permettre au Sénat romain de contrôler la bonne tenue des opérations militaires menées par son proconsul en Gaule. Le huitième livre aurait été rédigé par Aulus Hirtius, un ancien officier de César après le décès de celui-ci (44 av. J-C.) et avant le sien (43 av. J.-C.).

Dès sa parution, les Commentaires de César sont considérés comme un chef d’œuvre par ses contemporains. Cicéron en admire le style élégant et limpide : les faits sont livrés de façon concise, sans artifice inutile. Dès le départ cependant, la fiabilité du texte est mise en doute, l’auteur étant également l’un des principaux protagonistes du conflit. On le soupçonne de propagande.

Le texte n’en traversera pas moins les siècles jusqu’à nos jours.

L’œuvre tient une place à part dans l’historiographie française. C’est en France que sont encore conservés trois copies manuscrites de l’œuvre, datées du 9e siècle, parmi les plus anciennes. Dès le XIIIe siècle, de premières initiatives de traduction des Commentaires sont entreprises : ils sont traduits en français et insérés dans Les faits des Romains.  Au milieu du XVe siècle, la demande de textes accessibles en français s’accroit parmi les lettres, en même temps que la volonté de disposer d’écrits plus fidèles à leurs sources.

En 1485, une nouvelle traduction voit le jour, devenant une référence pendant près d’un siècle. Elle est l’œuvre de Robert Gaguin (1433-1501) et dédiée au jeune roi Charles VIII, alors âgé de quinze ans. Dix-huit éditions imprimées de cette traduction se succéderont rapidement, jusqu’en 1555. Il faudra attendre 1576 pour qu’elle soit remplacée par la traduction de Blaise de Vigenère.

Le succès de ce texte trouve une triple explication. En premier lieu, il bénéficiera de la diffusion facilitée aux XVe et XVIe siècles par le biais l’imprimerie. L’œuvre voit également le jour dans un contexte particulièrement favorable en France : la curiosité pour l’Antiquité s'accroît, autant que celle pour les peuples gaulois.

Mais la traduction de Gaguin doit aussi son succès à ses qualités propres : rigoureuse, elle se veut également immédiatement accessible. Les termes complexes sont reformulés ou traduits par des équivalents simples. Il reste dédié à un jeune roi, que l’apparat critique aurait rapidement lassé.

L’ouvrage de Robert Gaguin est imprimé pour la première fois par Pierre Levet en 1485. Trois ans plus tard, une nouvelle édition voit le jour sous les presses d’Antoine Vérard, à Paris. Il en réalisera une édition ultérieure, entre 1499 et 1503. C’est cette édition qui est conservée à l’Université de Liège.

Chaque livre composant les Commentaires y est illustré par une gravure carrée. Les personnages antiques y sont représentés sous des traits médiévaux : chevaliers, heaumes, épées et forteresses. Ce n’est pas là une originalité du graveur mais un trait commun pour l’époque : l’Antiquité s’est transmise par les textes mais peu de ses caractères visuels sont connus à la fin du Moyen Âge. Seule la Renaissance initiera un mouvement pour une meilleure connaissance du monde antique.

S. Simon

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Duval, Frédéric, « Le Livre des commentaires Cesar sur le fait des batailles de Gaule par Robert Gaguin (1485), ou de l’art de la transposition », Cahiers de Recherches Médiévales et Humanistes, 2006, vol. 13, n° spécial, pp. 167-182.

Schmidt-Chazan, Mireille, « Les traductions de la ‘Guerre des Gaules’ et le sentiment national au Moyen Âge », in Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public, 8e congrès, Tours, 1977, pp. 387-407.

Bossuat, Robert, « Traductions françaises des commentaires de César à la fin du XVe siècle », Bibliothèque d’Humanisme et de Renaissance, 1943, vol. 3, pp. 253-411.

 

Consulter l'intégralité de cette œuvre sur DONum

 

 

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Photographies des bannières © Jean-Louis Wertz


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