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Empreintes, extrait 3 : « Art »

06/06/2018

Jusqu’au 20 juillet, une centaine de pièces uniques issues principalement du Fonds patrimonial des Bibliothèques de l’ULiège est exposée à la Cité Miroir. Chaque semaine, nous vous présentons quelques œuvres issues de l’exposition sur DONum, notre portail dédié à la diffusion du patrimoine de l’ULiège, qui compte actuellement déjà plus de 3 000 documents numérisés.

L’Exposition Empreintes met en valeur des manuscrits médiévaux, des incunables, des imprimés, des journaux et des cartes issus principalement des collections des Bibliothèques de l’ULiège, dont certaines pièces n’ont jamais quitté les réserves !

Les œuvres sont réparties en 8 sections :

  1. Transmission
  2. Mémoire
  3. Art
  4. Croyances
  5. Pouvoir
  6. Contestation
  7. Sciences
  8. Monde

Aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir une œuvre du XIIIe siècle issue de la section ART : Le psautier dit de Lambert le Bègue.

Art : des livres sur l'art, et des livres d'art

Si de prime abord, c’est la littérature qui présente le lien le plus évident entre l’écrit, le livre et l’art, les rapports entre ceux-ci sont bien plus nombreux et polymorphes.

Depuis l’Antiquité, les artistes ont transmis leur pratique par l’intermédiaire de réceptaires qui contiennent les secrets de fabrication, de préparation et de mise en œuvre des matériaux que ce soit dans le domaine de la peinture, de l’orfèvrerie, de la verrerie…

À partir de la Renaissance, les artistes prennent plus volontiers la plume pour transmettre leur conception de l’art à la fois dans une vision très pratique, comme Albrecht Durer dont le traité vise à transmettre les connaissances nécessaires à tout peintre, ou dans une approche plus théorique comme Gérard de Lairesse dans son Groot Schilderboek. Ces traités peuvent parfois prendre la forme de Vies d’artistes comme la Vita que Dominique Lampson consacre au peintre liégeois Lambert Lombard.

Mais le livre peut devenir objet d’art lui-même. Depuis le début du Moyen Âge, il y a eu un souci de créer, posséder et collectionner de beaux ouvrages. Que ce soit par leur décoration comme les manuscrits enluminés dont les peintures rivalisent avec les grandes œuvres de leur époque, mais aussi par leur reliure qui pare le livre et le transforme en une œuvre unique.

Depuis les premiers livres imprimés, la gravure s’est invitée dans les ouvrages pour expliquer le texte ou tout simplement le rehausser. Les innovations techniques dans le domaine de la gravure vont également ouvrir de nouvelles possibilités pour l’illustration des livres.

Avec l’industrialisation du livre au XIXe siècle, la volonté de proposer au public de beaux livres perdure. On voit se développer des cartonnages d’éditeurs. Les maisons d’édition proposent pour un prix modique des ouvrages aux couvertures colorées, attrayantes dont les décorations vont se complexifier au fil du temps et adopter les styles à la mode. Dans ces ouvrages, l’image garde une place prépondérante et certains artistes se spécialisent dans l’illustration de livre.

Le début du XIXe siècle voit aussi l’éclosion d’un nouveau genre : la bande dessinée qui propose une nouvelle articulation du texte et des images en les présentant en séquence.

 

Retrouvez ce texte en version intégrale dans le catalogue de l'exposition !

 

 

Extrait : Le psautier dit de Lambert le Bègue

223 ff., XIIIe siècle, 164 x 117 mm (Liège, Bibliothèques ULiège,  Ms431).

Fol. 11v° - 12r° : début du livre des Psaumes.

Le mouvement béguinal est né à Liège dans le courant du XIIe siècle. Les béguines et leurs équivalents masculins les bégards (moins nombreux), cherchaient à vivre une vie religieuse en dehors des grands ordres religieux contemplatifs (Bénédictins, Cisterciens...) ou actifs (Dominicains, Franciscains…). Pour ce faire, beaucoup se regroupaient dans des quartiers clairement délimités, fermés la nuit par des portes. La plupart des béguines et des bégards y disposaient de petites maisons, qu’ils occupaient seuls ou à quelques-uns. Au centre du quartier, au centre du béguinage, une église, simple dans son plan, dans son élévation et dans son décor, rassemblait régulièrement les béguines et les bégards. Il pouvait aussi y avoir un petit hôpital et une salle de réunion. Les béguines vivaient et de l’aumône, et du travail de leurs mains. Quant aux bégards, ils furent proches du milieu des tisserands.

On présente souvent Lambert le Bègue (Lambert le bégard, donc) comme le fondateur du mouvement béguinal. Ce fut d’abord un clerc, qui cultiva très tôt un don de prêcheur semble-t-il. Il réunit à Liège, du côté de Saint-Christophe, un certain nombre d’adeptes désireux de s’engager pour le Christ dans le cadre d’un modeste quartier urbain.

S’il est passé à la postérité comme «  le psautier de Lambert le Bègue », le manuscrit dont il s’agit ici ne peut avoir appartenu au supposé fondateur. En effet, l’analyse codicologique, paléographique et stylistique de l’ouvrage oblige à le dater de la seconde moitié du XIIIe siècle ; or Lambert le Bègue vécut au XIIe siècle (✝1177). Le manuscrit est plus précisément daté par les uns de 1255 au plus tard, par les autres des années 1280. Si les uns considèrent l’année 1255 comme un terminus ad quem, c’est qu’une mention de sainte Claire d’Assise a été ajoutée en marge ;  or elle fut canonisée en 1255. Judith Oliver et d’autres historiens de l’art préfèrent dater le psautier des années 1280 sur la base de rapprochements avec des manuscrits enluminés français des années 1260 et 1270 ; il paraît à ces spécialistes que le psautier liégeois ne peut qu’être postérieur aux chefs d’œuvre parisiens qui virent le jour au cours de ces deux décennies.

L’écriture est une textualis gothica. Les lettrines or, rouges et bleues sont nombreuses. Mais l’attention est surtout attirée par un beau calendrier garni de deux douzaines de médaillons historiés, et par quatre miniatures à pleine page. Celles-ci sont habilement structurées, présentant quatre saynètes en leur partie centrale, et six autres dans des médaillons rythmant les cadres. On reconnaît des épisodes du Nouveau Testament couramment représentés, et des scènes hagiographiques diverses et plus rares. De manière générale, les saints spécialement mis à l’honneur par les nouveaux ordres urbains sont bien présents. Et pas seulement par l’image - ils sont aussi mentionnés dans le texte.

L’ouvrage s’ouvre sur un calendrier liturgique et une table pascale (indubitablement liégeois), que suivent quatre poèmes spirituels en ancien français. Viennent ensuite un choix de psaumes et de cantiques, une litanie, les heures de la Vierge et un office des défunts - c’est-à-dire les textes qui doivent permettre au propriétaire de l’ouvrage de prier. Le tout se termine par un ultime texte de nature poétique. Si le psautier n’a pas appartenu à Lambert le Bègue, c’est toutefois peut-être bien une de ses disciples - une béguine - qui le posséda. Il doit en tout cas s’agir d’une personne « dévote » qui, pour être suffisamment fortunée pour acquérir un manuscrit de luxe, était malgré tout proche de ces Franciscains, Dominicains et autres religieux des ordres qui prêchaient la pauvreté voire la mendicité.

B. Van den Bossche

 

BRUYÈRE Paul et MARCHANDISSE Alain (dir.), Florilège du livre en Principauté de Liège du XIe au XVIIIe siècle, Liège, Société des Bibliophiles liégeois, 2009, p.45-46, n°7 (auteur de la notice : OLIVER Judith).
OLIVER Judith, Gothic Manuscript Illumination in the Diocese of Liège. Ca. 1250-ca.1330, Louvain, Peeters, 1988, p.134-135 (e.a.), fig. 19.
OPSOMER Carmelia, Trésors manuscrits de l’Université de Liège, Bruxelles, 1989, p.24, n°10.

 

 

Consulter l'intégralité de cette œuvre sur DONum

 

 

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