[Retour]

Empreintes, extrait 4 : « Croyances »

12/06/2018
Vignette Croyances

Jusqu’au 20 juillet, une centaine de pièces uniques issues principalement du Fonds patrimonial des Bibliothèques de l’ULiège est exposée à la Cité Miroir. Chaque semaine, nous vous présentons quelques œuvres issues de l’exposition sur DONum, notre portail dédié à la diffusion du patrimoine de l’ULiège, qui compte actuellement déjà plus de 3 000 documents numérisés.

L’Exposition Empreintes met en valeur des manuscrits médiévaux, des incunables, des imprimés, des journaux et des cartes issus principalement des collections des Bibliothèques de l’ULiège, dont certaines pièces n’ont jamais quitté les réserves !

Les œuvres sont réparties en 8 sections :

  1. Transmission (extrait publié ce 9 mai)
  2. Mémoire (extrait publié ce 23 mai)
  3. Art (extrait publié ce 6 juin)
  4. Croyances
  5. Pouvoir
  6. Contestation
  7. Sciences
  8. Monde

Aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir l'Évangéliaire d'Averbode, une œuvre du XIIe siècle issue de la section CROYANCE.

Croyances : trois religions fondées sur le livre

Les trois grandes religions occidentales sont traditionnellement appelées religions du Livre car elles se fondent sur des écrits qui ont pour point commun la figure d’Abraham. Le rôle et l’importance de l’écrit dans ces religions varient, mais ce dernier demeure, dans les trois cas, un élément majeur.

Le Livre, que ce soit la Torah, la Bible ou le Coran, permet de fixer et de transmettre la révélation divine à travers le temps et l’espace. La possession et la lecture de ces livres revêtent une importance capitale pour le fidèle. C’est ainsi que l’on voit se multiplier tout d’abord les copies manuscrites et par la suite de nombreuses versions imprimées.

L’écrit accompagne également la dévotion personnelle. Dans le monde catholique, on voit l’émergence d’ouvrages spécifiques comme soutien à la pratique dévotionnelle. Ainsi, à la fin du XIIIe siècle, on assiste à l’apparition du livre d’heures qui va devenir un véritable best-seller à la fin du Moyen Age. Exécuté de manière plus ou moins luxueuse selon le rang de son propriétaire, ce livre accompagnait le dévôt au cours de l’année liturgique. Le besoin d’ouvrages de dévotion perdure bien au-delà du Moyen Âge, comme en témoigne l’Ange conducteur rédigé à la fin du XVIIe siècle. Celui-ci rencontrera un succès sans précédent et sera réédité sous des formes diverses jusqu’au XXe siècle. Le livre comme soutien à la dévotion n’est pas une pratique réservée aux seuls catholiques, comme en témoigne par exemple l’ouvrage al-Jazūlī rédigé au Maroc au XVe siècle et qui connaîtra, lui aussi, de nombreuses copies et éditions.

Le livre véhicule l’orthodoxie, mais aussi les hérésies ou les interprétations nouvelles du texte. Luther utilise le livre comme un véritable outil pour faire circuler ses idées nouvelles. Ses écrits, sa traduction de la Bible et ses commentaires vont connaitre une large diffusion grâce à l’imprimerie. Les acteurs de la Contre-Réforme vont également utiliser l’écrit comme outils à la fois pour endiguer « l’hérésie » protestante, mais aussi pour affirmer la puissance de leur ordre.

Les premières décennies du XIXe voient l’extension des missions religieuses tant catholiques que protestantes. La nécessité de diffuser la Bible dans ces nouvelles contrées suscite l’apparition de traductions de celle-ci dans de nombreuses langues. La christianisation de ces régions est un véritable enjeu et l’accès direct aux textes bibliques dans les langues vernaculaires revêt une importance capitale, notamment dans les missions protestantes.
C’est aussi par le biais de l’écrit que certaines croyances populaires ou que certaines pratiques de dévotion populaire nous sont connues.

 

Retrouvez ce texte en version intégrale dans le catalogue de l'exposition !

 

 

Extrait : Évangéliaire

173 ff., XIIe siècle, 277 x 192 mm (Liège, Bibliothèques ULiège, Ms 363).

Ouvert aux fol. 86v.-87r.

Véritable chef-d’œuvre de la production enluminée mosane du XIIe siècle, l’Évangéliaire d’Averbode se recommande à l’attention par la splendeur de son décor peint et par la richesse sémantique de son illustration. Les quatre Évangiles, présentés dans l’ordre traditionnel de lecture (Mathieu, Marc, Luc, Jean), s’ouvrent chacun sur une ou plusieurs miniatures en pleine-page, dont le thème fait écho au contenu du texte ; par exemple, le récit de Luc, qui met l’accent sur la Passion du Christ, est préfacé par une Crucifixion (fol. 87r) et par deux épisodes de l’Ancien Testament préfigurant celle-ci (fol. 86v).

Se détachant sur fond d’or, un Christ plus grand que nature domine la composition (fol. 87r). Il ne porte pour tout vêtement qu’un périzonium qui lui ceint les hanches ; du sang coule des plaies qu’il présente aux mains, aux pieds et sur le flanc. Rien pourtant ne trahit son martyre : le Christ est ici figuré non en Homme souffrant, mais en Dieu victorieux de la mort. Plus qu’une simple illustration du récit de Luc, cette représentation offre une réflexion exégétique à la fois sur le sacrifice du Christ et sur sa résurrection.

Ces deux thèmes sont symboliquement rappelés dans le Sacrifice du Veau et dans la Rencontre d’Élie et de la Veuve de Sarepta, qui décorent, en deux registres superposés, la miniature en contre-page (fol. 86v). Le choix de ces épisodes vétérotestamentaires n’est pas anodin : ils permettent une lecture typologique, c’est-à-dire interprétative, des évènements de l’Ancien Testament à la lumière de la Nouvelle Alliance. Ainsi, dans l’une et l’autre représentation, le veau immolé et le garçon ressuscité par le prophète Élie préfigurent-ils, tour à tour, le sacrifice du Christ et sa victoire sur la mort.

De par son style, son iconographie et certains aspects techniques, l’Évangéliaire d’Averbode se rattache à un groupe de manuscrits de luxe, mis en œuvre dans le diocèse de Liège dans la seconde moitié du XIIe siècle et destinés à des monastères d’un même ordre, celui des Prémontrés ; tous ces ouvrages sont ornés de somptueuses peintures exprimant une pensée exégétique d’une complexité et originalité sans pareille. La Bible de Floreffe (ms. 17737-17738, British Library) et l’Évangéliaire de Bruxelles (ms. 10527, Bibliothèque royale), en particulier, sont de proches parents de notre Évangéliaire. Si ces trois codices ne sont pas de la même main, les analogies thématiques et compositionnelles frappantes que présente leur décor témoignent de l’emploi, par différents miniaturistes, de modèles communs.

Aleuna Macarenko

MARCHANDISSE Alain et BRUYERE, Paul (éds.), Florilège du livre en principauté de Liège du IXe au XVIIIe siècle [cat. expo.], Liège, 2009, pp. 42-43, n°5 (auteur notice: OLIVER, J.)

 

Consulter l'intégralité de cette œuvre sur DONum

 

 

Rendez-vous la semaine prochaine autour du thème « Pouvoir » !

 

 

Visiter l’expositionS'inscrire aux conférences - Acheter le catalogue

 

DONum – Dépôt d’objets numérisés

L’Université et ses différents services œuvrent à la préservation d’un véritable trésor patrimonial, d’une grande valeur culturelle, historique, esthétique ou scientifique.

Le portail DONum est dédié à la diffusion de ce patrimoine et compte actuellement déjà plus de 3 000 documents numérisés !

 

Découvrir DONum

 

Photographies des bannières © Jean-Louis Wertz