[Retour]

Empreintes, extrait 6 : « Contestation »

27/06/2018
Empreintes - Contestation

Jusqu’au 20 juillet, une centaine de pièces uniques issues principalement du Fonds patrimonial des Bibliothèques de l’ULiège est exposée à la Cité Miroir. Chaque semaine, nous vous présentons quelques œuvres issues de l’exposition sur DONum, notre portail dédié à la diffusion du patrimoine de l’ULiège, qui compte actuellement déjà plus de 3 000 documents numérisés.

L’Exposition Empreintes met en valeur des manuscrits médiévaux, des incunables, des imprimés, des journaux et des cartes issus principalement des collections des Bibliothèques de l’ULiège, dont certaines pièces n’ont jamais quitté les réserves !

Les œuvres sont réparties en 8 sections :

  1. Transmission
  2. Mémoire
  3. Art
  4. Croyances
  5. Pouvoir
  6. Contestation
  7. Sciences
  8. Monde

Aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir L'art de mentir, une brochure de contre-propagande issue de la section CONTESTATION.

Contestation : écrire pour s'opposer, écrire pour résister

Puisqu’il ne peut y avoir de sentiment unanime sur tout, il est naturel d’observer des antagonismes s’exprimer, a fortiori dans la sphère politique.

L’écrit contestataire dénonce. Lorsqu’au début du XVIe siècle, Las Casas se rend avec les Conquistadores en Amérique, il usera de l’écrit dès son retour en Europe pour défendre les populations locales contre les exactions de la conquête.

L’écrit d’opposition peut également être constructif. Les idéologies politiques de l’époque contemporaine en sont un exemple. Le socialisme s’est construit par les revendications ouvrières. Plus tard au XIXe siècle, le Manifeste du Parti communiste distancie le communisme du socialisme, insuffisamment contestataire.

En démocratie, l’opposition est partie intégrante de l’échiquier politique : elle doit à tout le moins être entendue. Dans les régimes autoritaires, des mécanismes de contrôle sont mis en place pour prévenir et bloquer les idées dissidentes. L’écrit d’opposition, interdit, devient clandestin.

Le contrôle de l’information devient un enjeu crucial en temps de guerre. Dans les conflits du XXe siècle, écrit et iconographie sont mobilisés par les pouvoirs en place. Mais ils ont été contrés par une résistance qui usait des mêmes supports et méthodes. Dès le premier conflit mondial, la presse clandestine apporte une information différente aux populations qui n’avaient accès qu’à la presse censurée. La propagande du Front de l’Indépendance en Belgique, durant la Seconde Guerre mondiale, a diffusé des informations corrigeant celles publiées par l’occupant, appelant à la résistance, dénonçant les exactions allemandes. Quel que soit le conflit, les supports étaient multiples et les moyens de diffusion variés : tracts largués au-dessus des zones occupées (Tracts du Front de l’Indépendance, brochures (L’art de mentir), ou journaux (La Libre Belgique, Liberté, L’élastique).

Enfin, la contestation s’exprime dans tous les domaines. En matière religieuse, les Provinciales de Pascal s’intègrent dans le débat entre jansénistes et jésuites dans l’Église catholique.

 

 

Retrouvez ce texte en version intégrale dans le catalogue de l'exposition !

 

 

Extrait : Adolf Hitler et Joseph Goebbels, L’art de mentir. Petit manuel à l’usage de tous ceux qui s’exercent à l’art délicat du mensonge, illustré de quelques exemples choisis, dûs à la plume des « Maîtres du Monde. »

Bureau d’Information Anglo-Américain, [1944 ?] (Liège, Bibliothèques ULiège, 26917A).

Ouvert sur la p. 29, dénonciation de la censure allemande.

L’art de mentir est une brochure de contre-propagande de 35 pages, publiée par le « Bureau d’information anglo-américain » à destination des populations francophones des zones occupées par les Allemands, vraisemblablement en 1944.

La publication est divisée en trois parties. L’introduction dresse d’emblée l’objectif de la brochure : confirmer qu’Hitler et Goebbels sont les plus grands menteurs de l’Histoire. Alors que Mein Kampf était déjà la « Bible du mensonge », les auteurs dénoncent la propagande allemande diffusant chaque jour des mensonges exemplaires tant à la radio que dans la presse écrite. La seconde partie, très courte, est intitulée « Préceptes » : y sont listées des citations extraites de Mein Kampf et plaçant le mensonge comme instrument utile du pouvoir nazi.

Enfin, l’essentiel de la brochure est constitué d’exemples choisis de mensonges réussis. Les auteurs reprennent pédagogiquement des déclarations officielles nazies de 1933 à 1942 et mettent en lumière les contradictions. La déclaration est en noir, le texte qui la dénonce est en rouge. Le mensonge peut être révélé par une phrase des auteurs, une déclaration nazie postérieure ou, à neuf reprises, par une caricature parlant d’elle-même.La plupart des événements de la guerre sont abordés : les invasions de différents pays, dont la Belgique ; le front de l’Est ; la politique culturelle nazie (langue, éducation, arts, religion) ; l’économie ; les libertés.

Cette brochure illustre bien les initiatives de contre-propagande qui ont été menées par les forces alliées auprès des populations des territoires occupés pendant la Seconde guerre mondiale. Le conflit se démarque par l’usage massif de la propagande, intégrée dans l’action politique par les deux camps. Les États veulent assurer la conviction de leur propre camp et démoraliser l’adversaire. En tant que zone occupée, la Belgique devient le terrain d’un véritable combat entre propagandes. Face à la censure allemande, la résistance fournit déjà une multitude de publications, diffusant des informations qui ne seraient pas passées par les canaux officiels de l’occupant et dénonçant les mensonges ou dissimulations de ce dernier. Mais la contre-propagande viendra également de l’extérieur : les Alliés et le gouvernement de Londres essaient de soutenir la résistance des Belges contre l’occupant. L’exemple le plus connu est celui de Radio Belgique, émettant depuis Londres. Mais la contre-propagande alliée passa également par la diffusion de tracts et autres écrits, largués par les aviations britannique et américaine.

Peu d’informations sont disponibles sur la production et la diffusion de L’art de mentir. Les dessins de la brochure sont signés de la main de Rowland Emett, caricaturiste bien connu des Britanniques pour son travail dans le magazine Punch. Les dessins originaux sont conservés aux archives nationales britanniques, dans le fonds du Ministère de l’Information. Quant au texte, sa rédaction n’a pu être retracée. Toutefois, les mensonges dénoncés et leur contradiction sont bien connus alors : la plupart ont fait l’objet d’articles ou éditoriaux dans de nombreux journaux.

S. Simon

 

DI JORIO Irène, « Propagande », in ARON Paul et GOTOVITCH José (dir.), Dictionnaire de la Seconde Guerre mondiale en Belgique, Paris, A. Versaille, 2008, p. 355-360.

POPESCU-PUȚURI, Ion, « La propagande pendant les années de la seconde guerre mondiale. Méthodes, objectifs, résultats », in XVe Congrès international des Sciences historiques : rapports. III. Organismes internationaux affiliés et commissions internes, Bucarest, 10-17 août 1980, p. 180.

« Emett », in THE NATIONAL ARCHIVES. The Art of War, disponible à l’adresse suivante : http://www.nationalarchives.gov.uk/theartofwar/artists/emmet.htm (page consultée le 29 janvier 2018)

The National Archives. INF 3. Ministry of Information : Original Art Work. Subseries : Political cartoons.

 

 

Consulter l'intégralité de cette œuvre sur DONum

 

 

Rendez-vous la semaine prochaine autour du thème « Sciences » !

 

 

Visiter l’expositionS'inscrire aux conférences - Acheter le catalogue

 

DONum – Dépôt d’objets numérisés

L’Université et ses différents services œuvrent à la préservation d’un véritable trésor patrimonial, d’une grande valeur culturelle, historique, esthétique ou scientifique.

Le portail DONum est dédié à la diffusion de ce patrimoine et compte actuellement déjà plus de 3 000 documents numérisés !

 

Découvrir DONum

 

Photographies des bannières © Jean-Louis Wertz


aide