Réseaux sociaux académiques

Contenu

Différents réseaux sociaux destinés aux chercheurs, académiques et étudiants sont apparus ces dernières années. Les plus connus d’entre eux sont ResearchGate, Academia et MyScienceWork.

Comment fonctionnent-ils ? Quels sont les risques liés leur usage ? Comment se positionnent-ils par rapport à l’Open Access ?

Accès

Inscription

L’inscription sur ResearchGate demande un email institutionnel. Il est possible de faire un lien avec l’identifiant ORCID.

L’inscription sur Academia se fait via un compte Facebook ou Google. Un profil sera créé avec des informations récupérées automatiquement depuis ces services.

Les auteurs sont invités à remplir leur profil, institution, expérience, CV, liste de publications. Ces données ne sont pas obligatoires et ne font l’objet d’aucune vérification.

Risque d’usurpation d’identité

N’importe qui peut se réclamer être l’auteur d’une publication sans que sa véritable identité ne soit vérifiée. Les risques d’abus ou d’usurpation d’identité sont donc bel et bien réels.

ResearchGate et Academia sont connus pour envoyer des mails automatiques d’invitation en utilisant le nom de membres inscrits, mais sans que ceux-ci soient avertis de l’envoi de ces messages à leurs collègues/contacts/relations. Beaucoup considèrent cette usurpation d’identité comme étant problématique.

Accès aux documents

L’inscription est souvent nécessaire afin d’accéder à certaines publications. Cela peut mener à la création automatique d’un profil.
Si vous vous êtes déjà connecté pour accéder à un document, il est possible que vous possédiez un profil sans avoir jamais rempli vous-même des données vous concernant.

Différences par rapport aux archives ouvertes

Caractéristiques des archives ouvertes

Les archives ouvertes ont pour mission la diffusion des publications, leur conservation pérenne, la centralisation des résultats de la recherche scientifique et la promotion de l’Open Access, soutenu par les institutions d’enseignement et de recherche.

Les archives ouvertes diffusent le plus largement possibles les publications des chercheurs. Que ce soit via d’autres plateformes Open Access, des moteurs de recherche, des plateformes spécialisées, etc.

Caractéristiques des réseaux sociaux académiques

Les réseaux sociaux académiques donnent la possibilité de créer des liens entre les communautés scientifiques, des échanges, d’établir des réseaux de communication et de connexions entre chercheurs. Ils s’apparentent davantage à des « Facebook » ou des « LinkedIn » de la recherche qu’à des archives ouvertes.

Les réseaux sociaux se soucient avant toute chose d’alimenter leur base de données et d'établir des réseaux de connexions entre personnes plutôt que d’étendre la diffusion des publications déposées par les chercheurs. C’est pourquoi ils ne partagent pas leurs données.

La pérennité des données sur ces réseaux académiques n’est en rien garantie. D’un jour à l’autre, ces sociétés peuvent faire faillite, être revendues à d’autres acteurs, changer leur business model, ou même être attaquées par les éditeurs leur imposant un retrait en masses des contenus.

Exigences de dépôt sur des archives ouvertes

De plus en plus de fonds de la recherche scientifique exigent que les publications issues de recherches qu’ils financent soient déposées dans des archives ouvertes (Cf. Politique de l’UE et du F.R.S.-FNRS).

Les réseaux sociaux académiques ne sont pas des archives ouvertes et le dépôt des publications sur ces outils ne permet pas de répondre aux obligations des organismes de financement. Les publications doivent être déposées sur des archives ouvertes ou répertoires institutionnels tels que ORBi, PubMed, HAL, Zenodo, etc.

Droits d'auteur et autorisation de dépôt

Loi belge sur le droit d’auteur

La loi belge contient une exception au droit d’auteur permettant de diffuser des publications dans un cadre limité à l’enseignement et la recherche. Il est donc possible de déposer des fichiers en accès restreint sur des répertoires institutionnels (comme ORBi) qui rentrent bien dans ce cadre.

ResearchGate, Academia et MyScienceWork n’étant pas des répertoires institutionnels ni des plateformes liées à des institutions d’enseignement et de recherche, l’exception à la loi belge sur le droit d’auteur ne s’applique pas à ces derniers.

Politiques des éditeurs

Les autorisations de dépôt que les éditeurs fournissent spécifiquement pour les archives ouvertes ou les répertoires institutionnels ne s’appliquent pas nécessairement aux réseaux sociaux académiques.

Il convient de vérifier systématiquement si la politique de l’éditeur ou de la revue autorise explicitement le dépôt en ligne sur des réseaux sociaux académiques, même si les documents ne sont pas rendus librement accessibles à tous et restent uniquement accessibles aux usagers inscrits.

À tout moment donc, un éditeur peut faire valoir ses droits auprès de ces plateformes et exiger le retrait immédiat de vos textes intégraux. Il pourrait aussi entamer d’autres actions à l’égard de ces plateformes et de vous-même en tant qu’auteur/déposant.

En 2013, l’éditeur Elsevier a sommé Academia de retirer de son interface 2.800 textes intégraux pour violation au droit de diffusion.

Une solution : déposez uniquement des liens sur les réseaux sociaux académiques

Pour profiter des réseaux sociaux académiques sans prendre de risque, déposez les liens vers vos références déjà présentes sur un répertoire institutionnel ou toute autre archive ouverte.

Récupération de vos données

Récupération de vos références

Les réseaux sociaux académiques récupèrent les données de vos publications déposées dans des archives ouvertes comme ORBi, PubMed, HAL, arXiv.org, Zenodo, ou encore publiés directement en Open Access. C’est donc notamment parce que certaines de vos publications sont dans des archives ouvertes et déjà diffusées sur le web qu’elles se retrouvent aussi sur ces réseaux scientifiques.

Si vos publications ne sont pas déjà accessibles en ligne, il vous faut les ajouter manuellement ou les importer, mais elles n’apparaitront pas d’elles-mêmes dans les réseaux sociaux académiques sans être déjà référencées ailleurs.

Récupération de vos textes intégraux

Si les références sont facilement récupérables sur le web, les textes intégraux doivent quant à eux être déposés par les auteurs.
Il arrive que ces plateformes récupèrent et diffusent automatiquement les textes intégraux des publications lorsque ceux-ci sont rendus disponibles par les plateformes sources ou sont sous licences Creative Commons

Interactions entre ORBi et les réseaux sociaux académiques

ORBi n’autorise que la récupération des références bibliographiques par ces réseaux sociaux et ne donne pas le droit de diffuser massivement le texte intégral sur d’autres plateformes sans autorisation des auteurs.

Déposer vos publications sur ORBi vous permet donc, si vous le souhaitez, de les voir apparaître aussi sur ResearchGate, Academia… mais pas l’inverse.

Pour éviter de faire le travail de dépôt plusieurs fois, vous avez intérêt à d’abord déposer vos publications sur une archive ouverte puis à mentionner le lien sur les réseaux académiques.

Modèle économique

Des sociétés commerciales avant tout

ResearchGate, Academia et MyScienceWork ont tous bénéficié de levées de fonds de plusieurs millions de dollars ou d’euros, provenant d’investisseurs privés. Si les créateurs de ces plateformes sont connus, l’identité des sociétés qui les financent et les gèrent est relativement floue, et leurs intérêts inconnus.

Même si tous les services proposés ne sont pas payants, il s’agit de sociétés commerciales et non d’institutions de recherche ou d’enseignement, ou de cercles scientifiques ou d’éditeurs.

Aucun lien avec l’enseignement

Il n’y a pas de liens entre les réseaux sociaux académiques et l’enseignement.

Normalement, l’extension .edu pour les sites web est réservée aux institutions d’enseignement (education). Cependant, Academia (academia.edu) a enregistré son nom de domaine avant que ces restrictions dans l’usage des extensions ne soient appliquées. Cela amène une confusion faisant faussement apparaître Academia comme un site lié à des institutions d’enseignement.

Vers un service fermé et payant ?

On peut craindre que l’objectif réel de ces plateformes soit, une fois une taille critique atteinte, de se faire racheter par des sociétés commerciales, comme de grands éditeurs par exemple, en leur apportant ainsi une énorme plus-value.

Un autre risque est qu’une fois l’habitude prises par les chercheurs, les services actuellement gratuits ne deviennent payants sans qu’ils soit réellement possible d’y échapper.

On peut également s’interroger sur le bien-fondé de laisser un intermédiaire commercial prendre en charge la diffusion et la conservation des publications scientifiques sans que son modèle économique ne soit clair et transparent et que la pérennité ou la protection des données ne soit garantie.

Qualité des statistiques

Des chiffres peu fiables

Il faut toujours être prudent concernant les statistiques de téléchargement et de visualisation mirobolantes affichées par certains sites web. Beaucoup n’effectuent aucun filtre, ce qui signifie que les chiffres d’activités ne représentent pas toujours les accès effectués par des personnes mais ceux fait par des robots (bots, crawler, spider, etc.).

On estime que seulement 1/3 du total des accès proviennent de personnes réelles, les 2/3 restant proviennent de robots, et doivent donc être éliminés.

Sur ORBi, seuls les accès/téléchargements effectués par des individus sont considérés. Les accès des dizaines de milliers de robots sont éliminés. Si de nouveaux robots sont détectés, les statistiques sont corrigées et remises à jour.

Des métriques peu transparentes

En 2012, ResearchGate a introduit un indice bibliométrique qui lui est propre : le RG score. Selon ResearchGate, cet indice a pour but de définir la position d’un chercheur au sein de la communauté scientifique sur base de la manière dont les recherches de cet auteur sont appréciées par ses collègues.

On en connaît certains éléments : l’activité sur ResearchGate, le nombre de questions/réponses traitées sur la plateforme, le nombre de téléchargements des fichiers et de visualisations du profil, ainsi que les facteurs d’impact des journaux.

Cependant, ResearchGate ne donne aucune information précise sur la manière dont est calculé le RG score et refuse d’expliquer ou de détailler son algorithme. Il a donc été qualifié de "non-transparent et non-reproductible". Il a également été noté que le calcul a changé au fil du temps, mais sans précisions sur les modifications apportées.

Si l’on peut déjà s’interroger sur l’intérêt de prendre en compte un impact de popularité d’un chercheur, le mélange des données qui est fait pour le calcul du RG Score ne lui donne aucune crédibilité ni valeur scientifique.

Préférez les altmetrics

Pour mesurer l'impact de la recherche à l'extérieur du milieu académique, il est préférable de se tourner vers des outils comme les altmetrics. Cet indice n’est pas lié à une plateforme spécifique ou à la popularité d’un chercheur, mais au contraire rassemble des données de différents outils, mondialement et avec une répartition visible et transparente sur le partage qui est fait des publications scientifiques.

Des questions ?

Si vous avez d’autres questions ou souhaitez partager votre expérience sur le sujet, n’hésitez pas à nous contacter.

Pour en savoir plus

  • Benech, C., “Academia.edu : le réseau social scientifique préféré des SHS“, 12 avril 2013. [En ligne]
  • Benech, C., “Protection et propriété des données sur Academia.edu et ResearchGate" , 14 mars 2014. [En ligne]
  • Bouchard. A., “Pour une utilisation critique des réseaux académiques“, 14 février 2014. [En ligne]
  • Contat, O. “Réseaux sociaux pour les chercheurs – A lire ou à relire“, 18 novembre 2013 [En ligne]
  • Tellier-Becquart, N., “Academia.edu et ResearchGate : quelles conditions d’utilisation ?“, 25 mars 2014. [En ligne]
  • Fortney, K. and Gonder, J. “A social networking site is not an open access repository“, 1 décembre 2015 [En ligne]
  • Kraker, P. & Lex, E.: "A Critical Look at the ResearchGate Score as a Measure of Scientific Reputation", 26 mai 2015 [En ligne] 10.5281/zenodo.35401